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La réintroduction du Gypaète barbu (Gypaetus barbatus) dans les Grands Causses

Marion Mermet-Lyaudoz

3 nov. 2025

Ce rapace emblématique a bénéficié d'un programme de ré introduction


Victimes d’une mauvaise réputation, les rapaces se font exterminés à partir du XIXe siècle ; le braconnage, la chasse et les empoisonnements ont failli entraîner la disparition des vautours dans les années 40. C’est alors que les premiers programmes de réintroduction voient le jour, la France devient pionnière en matière de réintroduction des grands rapaces.


C’est en 2012 que débute le programme de réintroduction du Gypaète barbu dans le Sud du Massif central, espèce historiquement présente dans le milieu rupestre des Grands Causses,. En France, le Gypaète barbu, aussi connu sous le nom de casseur d’os, est déjà présent en Corse, dans les Pyrénées (population relictuelle) et dans les Alpes (population réintroduite). Coordonné par la VCF, les réintroductions sont le fruit d’une stratégie de conservation internationale s’inscrivant dans un PNA (Plan National d’Action) en faveur du Gypaète barbu. L’objectif est de créer un corridor écologique entre les Pyrénées et les Alpes et ainsi faciliter les échanges d’individus entre populations pour favoriser un brassage et une diversité génétique. Pour ce faire, 2 programmes de réintroduction sont menés de front : l’un dans le Vercors et l’autre dans les Grands Causses de façon à créer ce continuum de population. De nombreux partenaires sont mobilisés, la LPO Site Grands Causses assure le bon déroulement au niveau local et bénéficie d’un partenariat historique avec le Parc National des Cévennes sur les programmes de conservation et de réintroduction des vautours (Aveyron/Lozère). Le projet est financé par FEDER (2012-2014), le LIFE GYPCONNECT (2015-2022) et le LIFE GYP’ACT (2022-2028). La durée du projet n’est pas fixée puisqu’il est nécessaire d’avoir un noyau de population viable localement pour que ce soit un succès (soit environ 50 individus).


Après 13 années de réintroduction, ce sont presque 40 oiseaux qui ont pu s’envoler et s’émanciper avec succès, dont certains d’entre eux, sont encore contactés dans ou hors des Grands Causses. Actuellement, il y a un couple non reproducteur de gypaètes (deux mâles) et un couple territorial dans cette zone. Malheureusement,plusieurs cas de mortalité ont été découverts depuis 2012 en lien avec les activités anthropiques, tels que les lignes électriques, l’électrocution, la destruction par tir, l’empoisonnement, les collisions avec éolienne.. Il est donc nécessaire de poursuivre la lutte contre les infrastructures énergétiques dangereuses, la destruction directe et les dérangements d’origine anthropiques afin d’assurer d’année en année la réussite des réintroductions.


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Les activités pastorales et les vautours


Depuis plusieurs années, les attaques de vautours sur les troupeaux d’élevage sont très médiatisées. Or, lorsque l’on s’intéresse à ces interactions vautours-élevage, il existe un biais cognitif ; lorsqu’un animal meurt, il va être repéré par les corvidés et les milans, cette agitation va attirer les vautours fauves en vadrouille et c’est alors que commence la curée ! C’est un phénomène spectaculaire et naturel, difficile à regarder, malheureusement, la curée est souvent associée à la mort de l’animal suite à l’attaque / prédation des vautours. Cependant, les vautours ont un régime charognard stricte, c’est-à-dire qu’ils se nourrissent d’animaux morts. Leur anatomie et physiologie est d’ailleurs adaptée à ce régime alimentaire (pattes non préhensibles, bec tireur-fouisseur, acidité gastrique très élevée pour la digestion et l’élimination des pathogènes..).

Les vautours ne sont donc pas des prédateurs et sont dans l’incapacité morphologique d’attaquer un animal. Des études et expertises vétérinaires ont été menées suite à des signalements d’interactions vautours-bétail ; elle a démontré que dans la majorité des cas, les vautours intervenaient après la mort de l’animal. Les rares cas où les vautours sont intervenus avant la mort de l’animal, celui-ci était peu mobile et son pronostic vital à court terme était engagé, il s’agit donc d’une consommation opportuniste et non d’un acte de prédation. De ce fait, il est important de considérer le rôle des médias dans la désinformation puisqu’ils ne relatent pas la réalité en utilisant des termes inadaptés ; il s’agit d’une interaction et non d’une attaque.


Par leur régime alimentaire nécrophage, les vautours jouent un rôle clé en tant qu’agents purificateurs dans le cycle biologique en évitant la putréfaction et la dissémination des maladies. Ce sont de formidables équarisseurs naturels au service des éleveurs, il s’agit en réalité d’une relation à bénéfice réciproque entre les vautours et les activités pastorales. Leur présence est un réel atout et ils sont en quelque sorte, des sentinelles de l’état de santé de l’environnement. Il est donc primordial de les protéger !


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Remarque : les photos ont été prises dans le cadre d’un suivi scientifique, sans déranger les oiseaux !

Par Marion Mermet-Lyaudoz, agente technique pour la réintroduction du Gypaète barbu dans les Grands Causses 2025

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