
Damien Lerat (SHNA)
8 juin 2026
La Cistude, tortue aquatique indigène, fait depuis plusieurs années l’objet de travaux de suivi de ses populations en Bourgogne, conduits par la SHNA, notamment dans des étangs du Charolais concernés par un plan de gestion dans le cadre d’un site Natura 2000 ainsi que dans le département de la Nièvre..
La Cistude est une tortue d’eau douce de petite taille (11 à 19 cm), pesant de 300 à 1000 g, pouvant atteindre 60 ans. Quatre sur six lignées européennes se retrouvent en France : Emys orbicularis occidentalis en Espagne, E. o. galoitalica en Corse, E. o. helenica dans l’est de l’Italie et l’ouest de la Grèce, E. o. orbicularis dans le sud de la France et jusqu’en Bourgogne – Franche-Comté (limite NE de l’aire de répartition en France).
Sa carapace est de couleur noire à brune avec des ponctuations jaunes, les pattes palmées (car l’ espèce est aquatique), avec de fortes griffes permettant de creuser un nid avec les pattes arrière pour les femelles et de monter sur un promontoire ensoleillé ; elle a en effet besoin de bains de soleil pour réchauffer sa température corporelle, c’est pour elle aussi important que la nourriture.
Le mâle se distingue de la femelle par la peau, celle de la femelle est plus tachetée, et par l’ iris est jaune chez elle et bien plus orangé chez le mâle. Le cloaque de la femelle est à l’extrémité de la carapace et plus en aval chez le mâle. Le plastron (ventre) est plat chez la femelle et concave chez le mâle.
Les stries de croissance permettent de les répartir en 4 classes : immatures avec âge exact, adulte avec âge exact, entre 15 et 20 ans, plus de 20 ans lorsque la carapace est lisse (ceci est dû aux frottements en milieu terrestre comme au fond de l’eau). Les mâles peuvent se reproduire à partir de 8 ans, les femelles à partir de 12 ans.

Le régime alimentaire se compose d’invertébrés aquatiques, de larves d’amphibiens, de jeunes poissons mais ce sont plutôt des charognards (un peu éboueurs des zones humides). C’est une espèce carnivore qui devient un peu végétarienne en fin de vie. On les trouve surtout dans les étangs, les zones humides tels les bras morts, les canaux et les rivières mais sans courant, en milieu stagnant.

L’accouplement se fait en avril-mai, dans l’eau, la fécondation pendant 15 jours à trois semaines et la ponte de mai à juillet : 4 à 18 œufs (en moyenne 8 ou 9), une deuxième ponte est possible (voire une troisième dans le sud). L’éclosion se déroule en septembre.
La double ponte provient soit de la même semence, soit de plusieurs mâles, soit d’accouplement entre pontes.
La ponte se fait en milieu terrestre, de nuit. La femelle ne doit pas être dérangée, sinon elle revient la nuit suivante. Certaines femelles mettent une à deux heures seulement. La terre est humidifiée par l’eau qu’elle a transportée dans son cloaque. L’œuf a la taille d’une pièce de 2 euros. Lors de l’éclosion, si la température est inférieure à 28°C, c’est un mâle, si elle est supérieure à 29°C, c’est une femelle ; entre 28 et 29°C, c’est soit l’une, soit l’autre. Le ratio est environ d’un mâle pour une femelle mais on note une tendance à avoir plus de femelles (réchauffement).
Chez nous, comme les hivers sont froids, les cistudeaux restent dans le nid tout l’hiver, cependant certains quittent le nid à l’automne. Hivernation (et non hibernation) se déroule d’octobre à mars, sous l’eau. Ils sont enfouis sous la vase, ou sous un tapis de feuilles mortes ou posés sur le fond dans l’eau. La respiration est cloacale, comme les batraciens. L’habitat hivernal est très végétalisé, dans des zones boueuses : en queue d’étang, dans les saulaies, roselières, cariçaies. Le déplacement entre sites se fait par des corridors, le long des haies, par les fossés.
Les menaces pour cette espèce sont l’absence de végétation aquatique créant des reposoirs, de poste d’insolation, de boisement humide. Le problème est le drainage des zones humides, la conversion des prairies en culture : elles peuvent alors se faire faucher dans les prés, mais aussi se faire écraser sur la route, se faire prédater par les renards, les mustélidés (fouines, martres).
85 % des pontes sont prédatées et seuls 1% des cistideaux arrivent à l’âge adulte.
Dans les champs de maïs, la plante en grandissant masque le soleil et la ponte ne se développe pas.
Elles sont nombreuses en Brenne et dans l’Allier.
En Saône-et-Loire, on compte 62 sites avec deux noyaux : dans le sud Nivernais et le Charollais.
Il existe trois sites en France où elles ont été (ré)introduites, notamment en Alsace où la question se pose de savoir si elle était déjà présente avant.
En Franche-Comté elles ne sont pas indigènes, issues de captivité et retournées à l’état naturel. Les populations sont encore peu impactées par la consanguinité.
(Notes prises par Laurence BLONDAUX)

