UN FRILEUX QUI A LA BOUGEOTTE

Une espèce d’Escargot nouvelle pour la Saône & Loire :quand un ‘méridional à coquille’
s’en vient enrichir le patrimoine naturel du Département

par Jean Beguinot

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Granaria site à Mercurey.jpg

Granaria variabilis – c’est son nom – est un Escargot à jolie coquille fuselée, d’affinité typiquement méditerranéenne, commun en Provence et plus généralement répandu dans le Midi mais connu dans tous les ouvrages spécialisés pour ne pas dépasser chez nous la latitude de Lyon. Or les investigations menées ces dernières années sur la faune malacologique de Saône & Loire ont révélé la présence de cet apparemment frileux méridional dans le département. Pas partout certes, ni même seulement au voisinage des affleurement calcaires – si tant préférés et pour cause par les porteurs de coquille. Mais jusqu’à présent, en  Saône & Loire, uniquement sur affleurements de marno-calcaires (ces argiles beige clair qui magnifient tant le fruit du Chardonnay et ce qui s’en suit). Restriction originale d’ailleurs, car en Provence, Granaria variabilis se montre bien plus éclectique ! On a là un nouvel exemple de cette sorte de règle selon laquelle une espèce tend souvent à accroître certaines de ces exigences en périphérie de son aire de répartition : phénomène compensatoire finalement pas illogique…
Comme ce ne sont sûrement pas les marnes seules (de présence immémoriale ici) ni la fine saveur du Chardonnay (également  installé de longue date) qui ont invité Granaria à monter vers le Nord, l’actuel réchauffement climatique apparaît comme cause la plus probable. Quant au véhicule – car Granaria est évidemment un médiocre piéton – il existe sans aucun doute et ne demande pas beaucoup d’effort : à peine long d’un centimètre et bien moins en largeur, Granaria est un fardeau bien léger ! Collé aux pattes ou au plumage d’un oiseau en escale, par exemple, quelques dizaines de kilomètres sont vite franchis, surtout par étapes successives. D’autant que la migration s’est sans doute réalisée progressivement.

COLONISATION ETABLIE MAIS SANS DOUTE PAS PARTOUT PERENNE …
Quoiqu’il en soit, l’étude financée par le Conseil départemental – à charge pour notre Société d’Histoire Naturelle de préciser la répartition de ce nouveau contributeur au patrimoine naturel – a montré que par places, de loin en loin, à la faveur de ces fameux affleurements marneux, Granaria variabilis a désormais colonisé  une part significative de ce qui pouvait lui convenir sur l’ensemble département. Ses quartiers les plus septentrionaux sont présentement documentés jusqu’à hauteur de Mercurey. N’en déduisez pas, pour autant, que Granaria ne s’en tient qu’aux adresses célèbres. Parmi les 27 stations identifiées au cours de l’étude que nous a commandé le département, la plupart sont plus banalement rurales. Et pour une part notable, situées au niveau de pelouses maigres sur sols marneux, reflets malheureusement momentanés de zones pâturées plus ou moins abandonnées. Stations dont la pérennité  demeure donc incertaine, avec la décroissance pastorale continue, libérant plus ou moins rapidement l‘embroussaillement, fort défavorable à Granaria. Heureusement d’autres stations, par exemple localisées sur des ruptures de pentes dont le substrat marneux  est naturellement rafraîchi par lente érosion, demeureront plus pérennes. Sous réserve que ces zones restent à l’abri d’interventions malencontreuses.
La protection réglementaire de quelques stations se justifierait sans doute.
En tous cas l’étude réalisée (27 sites visités, 5273 individus rencontrés, chacun d’eux identifié jusqu’au niveau spécifique, d’où résulte la reconnaissance de pas moins de 48 espèces d’Escargots formant, au total, le cortège écologiquement compatible avec Granaria) documente en détail le sujet. Et devrait permettre, le cas échéant, à l’administration départementale de proposer les éventuelles mesures de protection souhaitables

 

Pelouse rase écorchée, sur substrat marneux,hébergeant une belle station de Granaria variabilis, près de Mercurey