Les Forges de Mesvrin et de Bouvier

Conférence de novembre 2021, par Alain Dessertenne

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Les forges de Mesvrin et de Bouvier à Saint-Sernin-du-Bois et à Saint-Firmin précèdent les débuts de l’ère industrielle au Creusot. Mieux, ils en ont été les laboratoires dès 1780 pour avoir coulé la fonte et affiné le fer en utilisant la houille locale sous la forme de coke, à la place du traditionnel charbon de bois, grâce au savoir-faire de forgerons et fondeurs comtois, et sous l’œil expert de Wilkinson, soit cinq ans avant la première coulée de fonte au Creusot. La conférence présente aussi des documents inédits sur les fourneaux et forges de Champitaux et des Baumes.

Illustration : la maison du maître de forge (1769) à Mesvrin

 


Au XVIIe siècle les sites de Mesvrin et de Bouvier ont vu s’établir une forge, puis un foulon à laine. En 1764, l’abbé de Salignac-Fénelon, seigneur de Saint-Sernin, obtient l’autorisation de  rétablir une forge à Mesvrin qu’il afferme à Vivant Jobert. Ce dernier, ruiné par d’autres entreprises, contraint l’abbé à reprendre Mesvrin qu’il revend en 1776 à l’orfèvre Jacques-Nicolas Rœthier de La Tour, associé à diverses sociétés métallurgiques. Entre temps, le prieur de Saint-Sernin achève la construction d’un haut fourneau à Bouvier, en amont de Mesvrin. La compagnie Renard exploite conjointement Bouvier, Mesvrin et la houillère du Creusot concédée par François Delachaise, seigneur de Montcenis et concessionnaire initial.

Il est établi par divers témoignages que la production de fonte à Bouvier et l’affinage du fer à Mesvrin ont pu être obtenus par l’emploi de la houille, sous forme de coke, cinq ans avant la mise à feu du 1er haut fourneau du Creusot en1785. Mesvrin et Bouvier ont donc été les laboratoires industriels du Creusot, sous la direction d’artisans originaires de Franche-Comté (Dard, Blanchard, Godard, Lebeuffe, Golliard). Mais la rupture du contrat avec Delachaise en 1781 amène la dissolution de la compagnie Renard. Les propriétaires de la Fonderie royale du Creusot rachètent Mesvrin en 1785 et y installent les premiers laminoirs de la région peu avant la Révolution. Des forges se maintiennent à Bouvier, réparties sur deux sites : forges du haut ; forges du bas auxquelles est associé un moulin. Avec une dizaine d’ouvriers en 1810, les forges du haut produisent du fer brut destiné à être transformé en tôle aux laminoirs de Mesvrin.

L’ensemble industriel constitué par Le Creusot, Mesvrin et Bouvier est réquisitionné par le comité de Salut public en 1794 pour produire de l’armement. Après 1810, les propriétaires successifs du Creusot tentent d’amodier les forges de Bouvier et Mesvrin à divers métallurgistes. Mesvrin accueille deux fours à puddler dès 1827, avant son arrêt définitif en 1841. Un moulin à farine y prendra le relais de 1878 à 1965, tandis qu’une tannerie s’établit dans les bâtiments annexes entre 1877 et 1910. À Bouvier, où le déclin est patent dès 1830, ni les frères Blum (houillères d’Épinac), ni la société Schneider (Le Creusot) respectivement propriétaires des forges du bas et des forges du haut, ne leur donneront un nouveau souffle. La société Schneider ne conservera pas les deux sites.

À Mesvrin, ne subsistent du temps de l’abbé de Fénelon que la maison du maître de forge (1769), les bases de l’ancien moulin et de l’exploitation agricole. L’ancien bâtiment de logement des ouvriers (1810) a été transformé en résidence privée. À Bouvier, seule la chaudronnerie industrielle des frères Robert, établie à la l’emplacement de l’ancien étang, perpétuera la tradition métallurgique à Bouvier après 1950.


Alain Dessertenne


Bibliographie. Boulisset Robert, Dessertenne Alain et Prêtet Michel, Les forges de Mesvrin et de Bouvier, Académie François Bourdon, 2019.